

Non. La photo que l'on découvre ci-contre (photo 1) n'est pas celle de la construction de la transamazonienne reliant le Pérou à l'Atlantique (photo 2) mais bien le chantier de la route forestière des bois communaux de Pâlis. On remarque une similitude frappante qui émouvrait tout défenseur des forêts tropicales si le lieu du chantier n'était pas donné. L'envergure de chantier n'est toutefois pas la même avec un facteur de dimensionnement de plus de 1000 entre les deux projets: la transamazonienne parcourera 3700 kilomètres quand il ne s'agit ici que de modestes deux kilomètres entre la route de Pouy-sur-Vannes et celle de Villadin.
Bien sûr, on ne peut qu'adhérer à ce projet ambitieux. Difficile en effet de ne pas approuver la création de cette route permettant de gérer au mieux la Forêt Communale de Pâlis, et d'autoriser ses usagers, au premier rang desquels les affouagistes, d'accéder facilement en plein hiver au coupes et dizaines mises à disposition. Bien sûr, on ne peut aussi qu'adhérer au volet financier du projet, monté avec brio: partage des frais avec Villadin divisant la facture par deux, effet d'aubaine des subventions, aide logistique de l'Office National des Forêts, intervention du sénateur Gaillard, etc.
Mais malgré toutes ces adhésions au projet version papier, version finances, toutes ces précautions, demeure le choc, brutal et imprévu, suscité par la découverte du vaste chantier au détour d'une promenade. Sur place, des interrogations se substituent bientôt au malaise indicible : Avait-on vraiment besoin de cette infrastructure, au moment où l'on s'inquiète du recul des zones sauvages ? Quelles seront les conséquences à long terme de l'ouverture d'une brèche au milieu du massif forestier ? La hausse de fréquentations sonores, nocturnes, indignes, déplacées n'est-elle pas inévitable dès lors que l'accès devient aisé ? Quel en sera le coût écologique ? Déjà se souvient-on que plusieurs trous d'eau abritant quelques batraciens à proximité de la source ont disparu sous le poids des trax, des pelleteuses, des nivelleuses. Détail ridicule au regard de l'enjeu. Et pourtant...
Bien qu'il y ait la possibilité d'aménagements et de reboisements ultérieurs en rive de la route, ce sont 3 hectares de bois qui ont pour l'instant disparu dans l'opération. C'est quand même moins que lors du remembrement de 1985 qui vit les pelleteuses entrer en action de manière délirante pour éliminer bois isolés et boulinières de la plaine de Pâlis. Dans l'indifférence générale.